Rue du Pin-Doré, Saint René a retrouvé sa place

Alors que la magnifique maison d’inspiration début XVI e siècle s’achève, rue du Pin-Doré, la statuette de saint René, volée en 1990, vient de retrouver sa place.

Dans le Vieux Laval, coincée entre la Grande-Rue et la place de la Trémoille, la rue du Pin-Doré vient de retrouver une parcelle de son authenticité. Une parcelle de son âme diront les croyants. Seul le passant, avisé ou un brin observateur, l’aura remarqué. Au 21, la superbe maison à pans de bois qu’Hervé Baulain, menuisier du Sud-Mayenne et passionné de patrimoine, a entrepris de reconstruire selon les techniques du XVI e siècle, a retrouvé sa statuette de saint René, bien nichée derrière sa grille en fer forgé d’époque. Rien de spectaculaire mais ce sont ces détails historiques, inspirés de rites populaires forts, qui font la richesse patrimoniale d’une ville. En cela, Laval est gâtée.

Une centaine d’heures pour la repeindre

Ce précieux héritage, on le doit au pari un peu fou d’Hervé Baulain. Il a décidé fin décembre 2003 de racheter deux bâtisses en ruine du Vieux Laval (rues de la Chapelle et du PinDoré). On le doit aussi aux Amis du Vieux Laval qui ont décidé de casser leur tirelire en injectant près de 1 000 € pour que l’aura de saint René rayonne à nouveau sur ces ruelles historiques. La statuette avait été volée en 1990. En apprenant le projet de restauration, les défenseurs du patrimoine lavallois ont donc entrepris de la remplacer. Aux manettes, le sculpteur d’Ernée, Michel Phelipot, a fa- çonné une réplique à un prix d’ami (800 €). La grille d’origine a été récupérée, tout comme la niche authentique « sauvée grâce à l’architecte des Bâtiments de France, Philippe Bénézech, qui a également validé le projet », insiste Guy Juillet, le pré- sident des Amis du Vieux Laval. Jean Gatignole, aujourd’hui retraité, a, pour sa part, consacré une centaine d’heures pour repeindre, dans les règles de l’art, la statuette polychrome. Tous les éléments nécessaires étant réunis, il ne restait plus qu’à sceller le tout. C’est chose faite depuis jeudi soir, après trois jours de travail. « Tout ceci n’aurait été possible sans les précieux coups de main du maçon à l’ancienne Christophe Halouze et de Sébastien Mahier, Compagnon du devoir. Sans oublier le mécanicien Roger Barrais qui a restauré la grille datant du début XVIIIe siècle et du club lavallois des cartophiles, notamment son président Jean-Yves Launat. »

Saint René, un saint qui protège l’eau

Sculptée par Michel Phelipot d’Ernée, la réplique du petit saint René a reçu une bénédiction en juin 2012

Sculptée par Michel Phelipot d’Ernée,
la réplique du petit saint René a reçu
une bénédiction en juin 2012

René a été un prénom prisé dans la région notamment à partir de l’époque du Bon roi René d’Anjou, marié en 1454 à Jeanne de Laval. En 1753, un Lavallois sur dix se prénommait René. Ce saint préservait l’eau de la fontaine qui était à ses pieds, rue du Pin-Doré, et que l’on peut voir sur des cartes postales anciennes de Laval. La statuette volée était un bel objet datant du XVI e siècle, en bois sculpté. C’était l’emblème du quartier. Pour Guy Juillet et Bernard Robert, de l’association des Amis du Vieux Laval, « René évoque l’idée de celui qui est né une seconde fois (re-né). Autrement dit, un saint qui a ressuscité, d’où l’idée du baptême. C’est un hymne à la vie. Ce n’est donc pas un hasard si cette statuette avait été placée au PinDoré, une rue, à l’époque, très populaire. Au même titre que celles de la Chapelle et de Sainte-Catherine. Saint René avait aussi la réputation de protéger l’eau, la source, symbole de vie et de fécondité. » La réplique de la statuette a reçu une bénédiction en juin 2012.

Jean-Loïc GUÉRIN. Article paru dans Ouest-France 4-5 janvier 2014